L’association Objectif Sciences mène de nombreuses réflexions fondamentales sur ce que doit être le rôle des Médiateurs scientifiques. Les membres de notre équipe sont considérés comme des éducateurs scientifiques et non pas de simples animateurs. Non seulement ils jouent un rôle important pour relier les chercheurs et les jeunes (médiation), mais en plus ils participent activement à la formation à la Recherche par la Recherche.
Même si tous les jeunes qui sont passionnés par la Science ou qui s’y intéressent ne deviendront pas tous des chercheurs, ceux qui deviendront banquiers, par exemple, et qui auront eu l’occasion de mener une recherche étant jeun dans le cadre de nos activités, comprendra parfaitement le chercheur qu’il aura en face de lui et saura l’aider.
Aux pages 19 [1] et 22 et 23 [2] de leur rapport, les Etats Généraux demandent de « faire connaître ce qu’est réellement, in situ, l’activité de recherche » en utilisant les voies de la vulgarisation scientifique. C’est la raison pour laquelle les activités en Camps ou en Clubs Sciences permettent non seulement aux jeunes de mener leurs propres recherches mais également de rencontrer des chercheurs et d’aller dans leurs laboratoires afin d’échanger avec eux sur les méthodes qu’ils utilisent, les instruments dont ils ont besoin.
Page 24 [3] le rapport recommande de « diffuser une culture de la recherche à tous les niveaux de la société » afin d’apprendre aux jeunes « la méthode scientifique » en tenant compte « de la diversité des conditions sociales et culturelles ». Il est en particulier précisé le rôle qu’auront à jouer les futurs PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur) dans la vulgarisation de la Recherche accompagnés en cela par les CCSTI.
Alors qu’Objectif Sciences a justement lancé de nouveaux cadres professionnels de vulgarisation de la recherche, nous allons donc offrir un Centre de Ressource au niveau national français et autant de Clubs Sciences qu’il y aura de PRES. Ces Clubs étant des lieux d’excellence dans la formation des jeunes de tout âge à la Recherche par la Recherche, ils seront un des outils principaux que nous soumettrons aux PRES pour les aider à mener à bien leur mission. Car plus qu’une simple information ou sensibilisation les Clubs permettent à de très nombreux enfants, adolescents et jeunes-adultes de mener de véritables recherches scientifiques.
Puisque le rapport préconise également d’augmenter les interventions des unités de recherche au sein du milieu scolaire, les Clubs qui accomplissent déjà cette tâche dans leur fonctionnement de base seront un pont particulièrement actif et réellement moteur dans cet axe. En particulier parce que chaque Club est justement mis sur pied en relation avec des unités de recherches et que c’est sur ses thématiques qu’il intervient en milieu scolaire.
Enfin, le même texte propose de « mettre en place une politique de vulgarisation et de formation continue commune à tous les organismes publics de recherche et d’enseignement ». L’association Objectif Sciences étant forte d’une expérience de 12 ans dans le conseil institutionnel en matière d’éducation aux sciences nous nous ferons un plaisir d’apporter à cette démarche tout ce qu’il nous sera possible d’offrir.
Généralement, il pourrait être utile que nous re-précision ici la manière dont Objectif Sciences entend apporter son savoir-faire aux organismes publics. Après la mission menée de 1998 à 2000 pour le Service Scientifique de l’Ambassade de France au Japon il nous a été demandé, dans un contexte de terrain, de réfléchir à la manière de pérénniser un certain nombre de vecteurs de Culture Scientifique et Technique. En effet, lors de leur travail exploratoire les employés de l’Ambassade avaient rencontré bien des associations et s’étaient rendu compte qu’elles étaient trop souvent amenées à péricliter du fait de la circulation trop importante des bénévoles, du manque de moyens, etc. L’une des voies que nous avons identifié est la suivante : Si certaines associations en France, dont leur savoir-faire est important, ne sont pas capables de maintenir des activités sur le long terme, il pourrait être utile de transférer la maîtrise d’œuvre aux organismes de recherche en la plaçant sous la responsabilité de leur service de communication auprès du grand public, et conserver aux association la maîtrise d’ouvrage. Jusque là les association décidaient quelles seraient leurs activités (maîtrise d’œuvre) et les réalisaient de A à Z (maîtrise d’ouvrage). En donnant la possibilité aux organismes de recherche de se constituer maître d’œuvre, commanditaire d’activités précises, nous leur donnons la possibilité de capitaliser les expériences au fur et à mesure de leur mise sur pied et de recourir à d’autres associations si l’une d’elles devait disparaître ou tout simplement passer par une période difficile.
Plus loin dans le rapport (p. 59 [4]) il est proposé de donner la possibilité aux doctorants ayant le monitorat CIES de pouvoir mener des actions de vulgarisation et d’éducation à la science. Il se trouve que l’association Objectif Sciences est déjà connectée avec les responsables régionaux des CIES car nous avons tout de suite suivi les changements en cours visant à demander aux moniteurs de mener des ateliers concrets d’éducation aux sciences à la place d’une partie des cours qu’ils recevaient précédemment. Ainsi Objectif Sciences accompagne actuellement une douzaine de doctorants dans la conception de formation à destination de nos éducateurs scientifiques. Ces formations leur permettent d’apprendre à définir des Projets Pédagogiques de formation, des Supports de Cours, mais également à préparer les travaux des stagiaires et à définir des formes originales et efficaces d’évaluation de la formation et d’eux-mêmes en tant que formateur. De plus, former des éducateurs aux sciences leur permet également de mener une réflexion fondamentale sur la vulgarisation de leur domaine de recherche. Aussi, nous communiquerons les résultats de cette expérience et les personnes intéressées pourront participer à un atelier sur ce sujet que nous organiserons courant 2005.
Nous espérons ainsi donner le maximum de notre potentiel dans l’éducation aux sciences et accompagner les nombreux changements en cours dans le monde de la Recherche française, en particulier en diffusant le plus largement possible auprès des jeunes la nouvelle forme qu’est en train de prendre celle-ci.
[1] I.1.1.d Diffuser les connaissances scientifiques
L’activité de diffusion de l’information et de la culture scientifique, l’une des missions des chercheurs et des établissements, établit un lien fort entre recherche et société. Pour assurer ce lien entre les acteurs de la recherche et leurs différents partenaires (enseignement primaire, secondaire, medias, associations d’éducation populaire etc.) il est nécessaire de mettre en place des canaux de diffusion organisés, sans se limiter aux services de communication. Les produits de la recherche constituent en effet des « données publiques » et à ce titre doivent faire l’objet d’une diffusion active en direction du public.
Il est proposé de créer au sein des EPST et des universités des centres de diffusion de l’information et de la culture scientifique (distincts des unités de communication institutionnelles) dont l’objectif majeur doit être de développer et mettre à disposition les moyens qui permettront aux acteurs de la recherche qui le souhaitent de s’investir dans cette mission. Par définition, de tels centres doivent être au contact des acteurs de la recherche. Il sera nécessaire d’articuler les activités de ces centres avec celles des Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI) qui jouent un rôle social important, en particulier en direction des milieux scolaires.
[2] I.2.2 Assurer l’attractivité des métiers de la recherche
Le prestige du « savant » est souvent associé à des aspects simplifiés et spectaculaires de son savoir. Faire connaître ce qu’est réellement, in situ, l’activité de recherche est un des objets de la vulgarisation scientifique. Grâce à un effort de communication, notamment en direction de l’enseignement, l’ensemble des métiers de la recherche devra être mieux connu.
[3] I.2.3 Diffuser une culture de la recherche à tous les niveaux de la société
La culture scientifique fait partie intégrante de la culture. Elle nécessite un apprentissage du débat contradictoire et de la méthode scientifique. Dans une démocratie, et en tenant compte de la diversité des conditions sociales et culturelles, les citoyens doivent avoir les moyens de comprendre les choix opérés. Il est donc essentiel pour eux de posséder une culture scientifique. Cela suppose que cette culture puisse être construite et transmise. Participent à ce processus : l’éducation, les médias, le débat public, l’ensemble du système économique et les institutions politiques.
Dès l’école primaire, et à tous les niveaux, les sciences doivent être présentées, non seulement comme un corpus de savoirs mais aussi, et surtout, en tant que formation à l’esprit critique, au doute et à la démarche de recherche. Les carences de la formation par la recherche prennent racine à l’école primaire. La communauté des chercheurs doit ainsi veiller à ce que soit reconnu le sens de l’enseignement des sciences à l’école. Cela suppose l’ouverture de chaque discipline aux logiques des autres, l’établissement de passerelles entre disciplines et entre établissements, le désenclavement des formations « professionnalisantes » et la réserve à l’égard de spécialisations trop étroites. Les enseignants et l’École sont le relais naturel entre les citoyens et la recherche. Le maintien de ce lien nécessite la mise en place d’une formation continue des enseignants à la recherche et la disponibilité statutaire des personnels de la recherche pour y participer. Enfin, l’édition scolaire devrait bénéficier d’un apport accru des scientifiques.
L’échelle territoriale doit être prise en compte avec la création de nouvelles structures d’association, qui viendraient compléter les soutiens à l’enseignement et à la recherche prévus dans les contrats de plan Etat-région. Des « Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur » devraient créer un environnement plus propice à la diffusion de la culture scientifique. Une part significative du budget de la recherche devrait être consacrée à cette activité. La disponibilité dont doivent bénéficier les enseignants-chercheurs et les chercheurs engagés dans ces activités de diffusion de la culture scientifique, devrait être compensée par la prise en compte de ces activités dans les évaluations et par des modulations des heures de service pour les enseignants-chercheurs.
L’accès à la culture scientifique du plus grand nombre implique différentes actions :
ouvrir les universités, dispenser des formations d’intérêt général
18 25.000 doctorants environ (hors SHS) pour 75.000 chercheurs et enseignants de l’enseignement supérieur
créer des lieux de médiation recherche/société par exemple par le biais de forums locaux Sciences et Citoyens qui pourraient être mises en place dans chaque PRES ;
inciter les établissements scolaires à favoriser les échanges en passant des conventions avec des unités de recherche ;
favoriser et soutenir les associations (« Petits débrouillards » ou « Animaths » par exemple) qui présentent et expliquent la science aux plus jeunes ;
procéder à un rééquilibrage territorial des moyens de diffusion de la culture scientifique (musées, archives et bibliothèques de recherche, Collège de philosophie, Université de tous les savoirs, Cités des sciences, etc.), renforcer le rôle des CCSTI (Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle), partenaires naturels des PRES et alléger leurs charges fiscales.
mettre en place une politique de vulgarisation et de formation continue communes à tous les organismes publics de recherche et d’enseignement (au moins au niveau national), développer les partenariats et les conventions entre les établissements scolaires, universitaires et les musées, contribuer au développement des universités populaires et augmenter la place de la vulgarisation scientifique et du débat sur les enjeux des sciences dans le cahier des charges des chaînes de télévision et de radio.
Au cours de leur formation, peu de dirigeants du monde politique ou de l’entreprise ont été confrontés à la recherche scientifique. Si les grandes Écoles, dont beaucoup d’entre eux sont issus, dispensent souvent un enseignement scientifique de haut niveau, elles accordent une place très insuffisante à la recherche dans leur formation. Cela est dommageable de plusieurs points de vue. (1) La faiblesse des interactions entre les entreprises et les milieux de la recherche limite la capacité de donner une application aux découvertes scientifiques. (2) Méconnaissant le secteur de la recherche, les dirigeants et les élus de la nation n’en mesurent pas toujours l’importance et le gèrent mal. (3) Quel que soit le prestige des diplômes délivrés par les Écoles, la norme de reconnaissance internationale est le doctorat délivré par les universités. Sans revenir sur les avantages respectifs des deux systèmes, il convient d’opérer un rapprochement entre Grandes Écoles et universités. Cette question est traitée dans le chapitre IV.
[4]
élargir le monitorat à d’autres activités que l’enseignement (diffusion de la culture scientifique, par exemple dans l’enseignement secondaire ; missions en entreprise ou auprès d’une collectivité territoriale, d’une association ou autre) en fonction du projet professionnel du doctorant et de son travail de recherche